French Foreign Affairs Minister Bernard Kouchner Expresses Concern about Iran's Announced Enrichment Progress (Excerpts)

April 8, 2008

Q: A question about the current situation in Iran. President Ahmadinejad just announced a plan to expand the number of centrifuges by 6,000, in addition to the 3,000 already operating, which have caused concern in the international community. What is your reaction to this announcement?

A: My reaction is one of concern and vigilance. However, the announcement doesn't surprise me, since, despite international pressure, despite the insistence of the 3+3 group, first the three European powers, joined later by Russia, China and the United States [...]. We knew, and we still know, that Iran's 3,000 centrifuges with enriched uranium, and the way in which it is made, the degree of enrichment, can absolutely not be used at this time. [...]

So, we have been and remain concerned, because behind this enrichment work, there may be -- and some say there is -- a risk of military application, meaning nuclear weapons. [...]

You mentioned 6,000 centrifuges. But why stop at 6,000? There may be more in the future. So, this development is dangerous and we are following the situation closely. [...]

What else can be done? I'm afraid we must continue on the sanctions path if there is no response or reaction [to our diplomatic overtures] from the Iranians. [...]


Original text, in French

[Q - Monsieur le Ministre, une question d'actualité sur l'Iran. Le président Ahmadinejad vient d'annoncer qu'il entame un programme pour augmenter le nombre de centrifugeuses à six mille en plus des trois milles déjà existantes qui ont suscité beaucoup de préoccupations dans la communauté internationale. Quelle est votre réaction à chaud à cette déclaration?

R - J'ai une réaction d'inquiétude et de vigilance. Mais enfin cela ne m'étonne pas, puisque, malgré les pressions de la communauté internationale, malgré l'insistance des 3+3 comme vous savez, d'abord les trois Européens et puis avec les Russes, les Chinois et avec les Etats-Unis, nous avons été en permanence sur le qui-vive à ce propos avec des renseignements qui ont en général convergé et puis avec, il y a quelques mois, cette parution tripartite des renseignements américains, c'est-à-dire des trois agences qui ont publié ensemble. Mais nous savions qu'il fallait réagir et que tout cela était très dangereux. Nous savions, et nous le savons toujours, que les trois mille centrifugeuses avec l'uranium enrichi, la façon dont il est fait, le degré d'enrichissement, ne pouvaient en aucun cas servir pour le moment. Les Russes qui sont avec nous, avec qui nous travaillons, nous en avons encore parlé avec M. Poutine lors du sommet de l'OTAN, s'étaient engagés à fournir du combustible mais de façon complètement différente et dans une usine qui n'existe pratiquement pas.

Donc nous étions inquiets et nous sommes toujours inquiets parce que, derrière cet enrichissement, il y a peut-être, et certains disent qu'il y a sûrement, le danger d'une fabrication de nucléaire militaire, c'est-à-dire des bombes. Alors, nous avons réagi, d'abord, par une première résolution, vous le savez, sans sanctions puis une deuxième avec des sanctions, une troisième avec des sanctions et la quatrième avec des sanctions a été votée avec des sanctions il y a un mois à peine. Les Allemands, les Anglais, les Français, les Russes, les Chinois, les Américains. Le même texte travaillé, bâti, accepté, voté à l'unanimité du Conseil de sécurité, à l'exception de l'Indonésie qui s'est abstenue. Ces derniers textes, les trois derniers, mais surtout celui que nous venons de voter au Conseil de sécurité comporte des sanctions majeures, mais en même temps une ouverture.

C'est nouveau par rapport aux autres textes. Et, là-aussi, l'influence de la France a été grande dans sa diplomatie inerte. Nous avons dit qu'il faut parler, et il y a une tentative de dialogue qui est faite, en tout cas par écrit. Mais les tentatives de dialogue, si j'ose dire physiques, les tentatives de prises de parole à travers les multiples rencontres que nous pouvons dans la communauté internationale favoriser n'ont donné aucun résultat. Nous avons essayé, nous avons parlé. J'ai parlé encore au téléphone au ministre des Affaires étrangères iranien il y a peu de temps. Nous nous sommes rencontrés, des émissaires sont venus. Cela n'a rien donné. Et je crois que de tous les autres côtés ce fut pareil. Donc nous sommes en effet inquiets. Ce n'est pas une bonne façon, nous devons absolument dialoguer franchement. Et, en attendant, vous m'avez parlé des six mille centrifugeuses. Pourquoi s'arrêter à six mille ? Il y en aura peut-être d'autres. Donc tout cela est dangereux et nous y sommes très attentifs.

Mais, en même temps, nous avons vu les résultats, un bilan a été fait, il y a quelques jours, du début des sanctions, pas seulement les sanctions qui ont été très précisément ciblées dans la dernière résolution des Nations unie, mais les sanctions antérieures. Des deux premières résolutions avec sanctions, eh bien je crois que l'économie iranienne irait mieux sans sanction. Je crois que la population iranienne se porterait mieux s'il n'y avait pas les sanctions et je pense qu'il y a une vrai gêne qui, dans ce grand pays, ce pays-clé qui est au milieu de deux régions essentielles, l'Asie et le Moyen-Orient, on devrait comprendre que nous n'avons rien contre le nucléaire civil.

Nous avons participé, nous avons aidé l'Agence internationale de l'Energie atomique. M. El Baradeï est venu nous rendre visite il n'y a pas longtemps. Il nous a proposé également de continuer le dialogue et nous l'avons fait. Donc nous sommes en règle avec nous-mêmes. Que faire d'autre ? Je crains qu'il ne faille continuer sur le chemin des sanctions si nous ne rencontrons pas de réponse de la part des Iraniens. Nous sommes très, et tous ensemble, les six pays et d'autres, très attentifs à cela.]